Père un jour, père toujours
Je sais pas si le jour ou tu m'as conçue, tu as pensé à l'être que tu allais engendrer. Est ce que tu savais déjà que toi et moi ce serait toujours difficile ? Il parait que oui. Permets moi de t'en vouloir, de te détester cordialement de ne pas avoir tenté de repousser le mal et de t'occuper de moi comme un père normal l'aurait fait. Chaque jour, je me rends un peu plus compte que je n'ai que des barrières dans la tête, que tu m'as conformisée, je suis étriquée par ta faute. Bien sur, tu ne me croiras pas. Tu diras que c'est moi. Mais comment veux tu qu'une gamine qui était si arrogante, fougueuse, se fane petit à petit pour devenir ce que je suis ? Une ombre, un débris. Je déteste ce que je suis mais je sors du carcan que tu as construit autour de moi, je me rends compte jour après jour que je ne pourrai jamais te sauver, que tu seras toujours malheureux et que tu ne mérites que ça finalement. Pour chaque nuit, ou tu pleures, j'ai pleuré moi aussi. Tu crois quoi ? Ça me fait plaisir, à 15 ans, d'être prisonnière de peurs, d'angoisses que personne ne comprend. La dernière fois, un ami avait bu. L'odeur de l'alcool emplissait mes narines. J'ai blémi, mon coeur battait à tout rompre et j'ai pleuré. Je ne bois pas, je ne fume pas. Parce que je sais que je serais comme toi, je me bats chaque jour contre 50 % de moi qui n'est qu'un bout de toi. J'ai manqué de ton affection, j'ai manqué de ton admiration, j'ai manqué de ta fierté, de ton amour, de toi. Tu n'es fier de moi que quand tes amis disent que je suis belle, intelligente. Tout ça n'est que superficiel, je suis un être humain et ces qualités appartiennent à beaucoup de gens. J'aimerai que tu sois fier d'autre chose que de mes résultats. Tu ne vois à travers moi que la gloire que tu n'as pas eue. Sache que cette gloire, je l'aurai grâce à mon grand père, à mon beau père, aux valeurs qu'ils m'ont inculquées. Tu seras simplement la cause de ma perte. Tu es malade Papa, je t'aurais soutenu si tu ne m'avais pas fait souffrir. Maintenant, tu iras ou tu voudras, je m'en fous; tout m'importe plus que toi. Tu n'es qu'un mauvais souvenir, une dure réalité. Je serai quelqu'un et je me fous de mon futur salaire; ma seule ambition est le bonheur. Je te demande juste de ne pas avoir un autre enfant, je tiens à lui épargner mes souffrances car tu es pire que ce que tu as été. Je te vois couler, tu ne seras qu'une loque et tu le sais, tu as peur et tu t'aigris. Un enfant n'a pas à subir ça.
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